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Congo-Brazzaville : Les autorités tentent de réduire au silence les activistes qui luttent contre la corruption

Christian Mounzéo, partisan acharné de la lutte contre la corruption au Congo-Brazzaville, pays riche en pétrole, a été arbitrairement arrêté et détenu par les autorités, à son retour au pays. Et ce, apparemment, parce qu’il aurait critiqué la mauvaise utilisation faite par le gouvernement des revenus pétroliers, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Le lundi 13 novembre, la police de l’immigration a arrêté Christian Mounzéo à l’aéroport de la capitale, Brazzaville, alors qu’il revenait d’un voyage en Europe. Voyage lors duquel il avait plaidé en faveur de la transparence. Au moment de son arrestation, les autorités lui auraient affirmé qu’il était détenu parce qu’il avait « prononcé des propos diffamatoires » contre le Président Sassou-Nguesso lors de ce voyage à l’étranger.

Après une nuit de détention, la police a emmené Christian Mounzéo sous escorte pour une comparution devant le tribunal de Pointe-Noire, suite à une plainte déposée contre lui et l’un de ses collègues pour une affaire distincte en avril dernier. Cette action serait également une mesure de représaille suite à la campagne de lutte contre la corruption menée par ces hommes.

« Le gouvernement du Congo-Brazzaville essaie de réduire au silence les activistes qui luttent contre la corruption au lieu de s’attaquer directement au problème de la corruption », a déclaré Arvind Ganesan, directeur du programme Affaires et droits humains à Human Rights Watch. « Lorsque des activistes avancent que le gouvernement utilise à mauvais escient la richesse pétrolière du pays, les autorités répondent en procédant à leur arrestation. »

Christian Mounzéo est le président fondateur de l’organisation non-gouvernementale (ONG) Rencontre pour la paix et les droits de l’Homme. Il est le coordinateur pour le Congo-Brazzaville de la campagne « Publiez ce que vous payez », une initiative d’ONG internationales qui défend la transparence et les actes responsables dans l’utilisation des revenus issus de l’exploitation des ressources naturelles partout dans le monde. Human Rights Watch est également membre de cette campagne.

De plus, Christian Mounzéo est le représentant des ONG auprès de l’Initiative en faveur de la Transparence des Industries Extractives (ITIE), financièrement soutenue par le gouvernement britannique. Avant son arrestation lundi, Christian Mounzéo s’était rendu à l’étranger pour participer à plusieurs réunions officielles de l’ITIE et défendre une utilisation transparente des revenus pétroliers.

Christian Mounzéo et un autre défenseur de la lutte contre la corruption, Brice Mackosso, membre de la Commission Justice et paix de l’Eglise catholique, avaient déjà été arrêtés le 6 avril dernier, avant d’être libérés puis arrêtés à nouveau le 7 avril. Les autorités les ont maintenus en détention jusqu’au 28 avril puis les ont libérés sous caution. Ils ont été accusés « d’abus de confiance [et] de complicité pour abus de confiance et usage de faux » apparemment en lien avec l’utilisation inappropriée de fonds par une organisation non-gouvernementale fondée par Christian Mounzéo.

Un juge a dans un premier temps abandonné certaines des charges mais le procureur fait actuellement appel de cette décision afin de réintroduire ces charges. Les accusés font également appel de leur côté auprès de la Cour suprême du pays. Le 14 novembre, un juge a reporté l’audience en appel du procureur jusqu’au 28 novembre et a libéré Christian Mounzéo.

Human Rights Watch estime que les charges portées contre ces hommes servent de prétexte au harcèlement dont ils sont victimes pour avoir osé ouvertement critiquer la corruption du gouvernement et la mauvaise utilisation des revenus pétroliers. Ces arrestations ont suscité un vaste mouvement d’attention sur la scène internationale et ont conduit Paul Wolfowitz, le président de la Banque mondiale, à critiquer ces arrestations le 24 avril dernier.

Les activités du procureur dans cette affaire sont sujettes à controverse. L’injonction de conduire Christian Mounzéo sous escorte à Pointe-Noire le 14 novembre pourrait en soi être illégal. Le Ministère de la justice aurait suspendu le procureur en août. Or ce dernier affirme ne jamais avoir eu connaissance de cette décision et continue d’instruire le dossier contre ces deux hommes.

Le Congo-Brazzaville est le sixième producteur mondial de pétrole en Afrique sub-saharienne. Les ventes de pétrole y représentent 94 pour cent des revenus à l’exportation du pays. Le pays occupe le 142ème rang sur 163 dans l’Index de perception de la corruption publié par Transparency International pour l’année 2006.

Le pays a bénéficié d’un allègement de sa dette dans le cadre de l’Initiative de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) pour les pays les plus endettés. Cependant, la décision a été très controversée et dépendait en partie des améliorations à apporter en matière de gouvernance et de transparence dans l’utilisation des revenus pétroliers. Le gouvernement du Président Sassou-Nguesso, arrivé au pouvoir après une guerre civile en 1997, a également rejoint l’ITIE.

« Les citoyens ne devraient pas redouter une arrestation quand ils tentent de déterminer comment sont utilisés les fonds publics, » a ajouté Arvind Ganesan. « Un gouvernement peut difficilement être perçu comme un partenaire crédible dans toute initiative internationale sur la transparence quand il arrête à répétition les défenseurs les plus éminents de la lutte contre la corruption dans un pays. Ceci constitue un test crucial pour la stratégie de lutte contre la corruption de la Banque mondiale. »

Human Rights Watch a appelé la communauté internationale à condamner l’arrestation, la détention et le harcèlement que subissent actuellement Christian Mounzéo et Brice Mackosso.

La Banque mondiale, le FMI et l’ITIE devraient réévaluer les liens qu’ils entretiennent avec le gouvernement du Congo-Brazzaville à cause de son manque d’engagement en faveur de la bonne gouvernance et de la transparence. En particulier, la Banque mondiale devrait condamner le harcèlement en cours et évaluer sa relation avec le gouvernement à la lumière de sa nouvelle stratégie de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance.

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