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Liban : Forte détérioration de la situation des droits humains

Il est urgent de répondre à la double crise économique et politique

Des Libanais lâchent des ballons où sont inscrits les noms de victimes de l'explosion au port de Beyrouth, lors du deuxième anniversaire mensuel de l'explosion du 4 août 2020, qui a fait 200 morts et plus de 6 500 blessés © 2020 AP Photo/Hassan Ammar

(Beyrouth) – La corruption des autorités libanaises et leur incapacité à faire face aux crises massives auxquelles le pays est confronté sur le plan politique et économique ont entraîné la détérioration la plus dramatique de la situation des droits humains depuis des décennies, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2021. La crise économique sans précédent, aggravée par la pandémie de Covid-19, a fait doubler le taux de pauvreté au cours de l'année écoulée.

L’explosion massive au port de Beyrouth, causée par la corruption, l’incompétence et la négligence des autorités, a tué plus de 200 personnes, en a blessé plus de 6 000 et en a laissé 300 000 sans abri. L’explosion a réduit des quartiers entiers en ruines, a décimé le centre d’échanges et de commerce de Beyrouth, et détruit la moitié des restaurants et des bars de la grande région de Beyrouth, un élément clé de l’économie. Cependant, l'enquête nationale sur les causes de l'explosion n'est pas indépendante, transparente ni crédible.

« Chaque jour qui passe, la vie des citoyens libanais, des migrants et des réfugiés devient de plus en plus insupportable », a déclaré Aya Majzoub, chercheuse sur le Liban à Human Rights Watch. « Pourtant, l'élite politique en est encore à marchander sur la manière de se partager le maigre butin pour s'enrichir tout en appauvrissant le pays. »

Dans son Rapport mondial 2021 (version abrégée en français), de 761 pages et dont c’est la 31ème édition annuelle, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 100 pays. Dans son essai introductif, le Directeur exécutif, Kenneth Roth, soutient que la nouvelle administration américaine devrait ancrer les droits humains dans ses politiques intérieure et étrangère, afin que le respect des droits fondamentaux puisse survivre sous de futures administrations moins enclines à les défendre. Kenneth Roth souligne qu’alors que l’administration Trump abandonnait dans une large mesure la protection des droits humains, d’autres gouvernements se sont manifestés pour les défendre. L’administration Biden devrait chercher à rejoindre à ce nouvel effort collectif, et non à le supplanter.

À mesure que la livre libanaise se déprécie, le prix des produits de base augmente rapidement, érodant la capacité des populations à se nourrir, à se loger et à bénéficier de soins de santé. La pandémie a aggravé la pauvreté et les difficultés économiques, touchant de manière disproportionnée les groupes marginalisés, notamment les familles à faible revenu, les personnes en situation de handicap, les migrants, les réfugiés et les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT). Quatre-vingt-huit pour cent des réfugiés syriens au Liban vivent dans une extrême pauvreté. Le gouvernement n'a pas élaboré de plan d'assistance rapide, solide ni coordonné.

L’incapacité du gouvernement à rembourser aux hôpitaux les fonds qu’il leur doit a jeté le secteur de la santé au Liban dans une crise, compromettant la capacité des hôpitaux à fournir des soins urgents et vitaux et à répondre à la pandémie de Covid-19.

Malgré la crise économique, les autorités ont intensifié leurs attaques contre la liberté d'expression et de réunion à la suite des manifestations du 17 octobre 2019 dans tout le pays. Les forces de sécurité – notamment l'armée, la police anti-émeute et la police parlementaire – ont utilisé une force excessive et parfois létale contre des manifestants pour la plupart pacifiques. Mais au lieu d’exiger des comptes aux responsables de l'application de la loi, les agences de sécurité se sont mutuellement accusées pour les abus.

Les autorités libanaises n'ont pas respecté leurs obligations de protéger les femmes et les filles de la violence et de mettre fin à la discrimination à leur encontre. Le Liban compte environ 250 000 travailleurs domestiques migrants, dont la majorité sont des femmes. Le Conseil de la Choura, la plus haute juridiction administrative du pays, a porté un coup dur à ces travailleurs en suspendant la mise en œuvre d'un nouveau contrat type unique, qui comportait de nouvelles protections et aurait été un premier pas important vers l'abolition du système de parrainage abusif appelé kafala.

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