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Le mouvement de protestation algérien Hirak fête son deuxième anniversaire

Le président a fait libérer des prisonniers, mais beaucoup d’autres restent derrière les barreaux

Des Algériens manifestent à Alger pour marquer le deuxième anniversaire du mouvement Hirak, le 22 février 2021. © 2021 AP Photo/Toufik Doudou

S’ils étaient moins nombreux que les centaines de milliers de personnes emplissant les rues des villes algériennes lorsque le mouvement de protestation « Hirak » débutait, il n’empêche que les milliers de manifestants qui ont défilé ce 22 février afin de marquer le deuxième anniversaire du Hirak, en dépit des restrictions dues au Covid-19, ont démontré que le mouvement était bien en vie.

Quatre jours plus tôt, le président Abdelmadjid Tebboune le qualifiait de mouvement « béni » ayant « sauvé l’Algérie », en même temps qu’il annonçait la libération d’une soixantaine de personnes emprisonnées à cause du rôle qu’elles y jouaient.

C’est le 22 février 2019 que les protestataires organisaient la première marche d’ampleur nationale. Ils ont ensuite manifesté tous les vendredis jusqu’à la survenue de la pandémie, un an plus tard. Le Hirak (« Mouvement » en arabe), non partisan, a d’abord mobilisé des citoyens en opposition à l’intention d’Abdelaziz Bouteflika, alors président, de se représenter pour un cinquième mandat. Après l’avoir forcé à démissionner, le Hirak a exigé le départ de l’élite au pouvoir, ainsi qu’une transition vers une gouvernance plus démocratique. 

Au cours du « Printemps arabe », il y a dix ans, Bouteflika est resté au pouvoir même si un mouvement de protestation a secoué le pays.  Par contre, le pays s’est trouvé au cœur de la deuxième vague de révoltes populaires qui ont secoué la région à partir de 2018. 

Au départ, les autorités algériennes ont toléré les protestations. Mais elles ont résisté aux revendications d’une transition politique négociée et, mi-2019, ont commencé à emprisonner d’éminentes personnalités du Hirak en invoquant des chefs d’inculpation basés sur des motifs manifestement politiques, tels que l’« atteinte à l’unité nationale ».

Les arrestations se sont poursuivies alors que les autorités se préparaient pour l’élection présidentielle de décembre 2019, alors que le Hirak réclamait des réformes avant tout scrutin, qui, craignait-il, restaurerait l’ordre ancien. 

Aucun autre pays ayant pris part au « Printemps arabe » ou au « Printemps arabe 2.0 » n’a connu une mobilisation aussi soutenue de manifestations non violentes de grande échelle – un sujet de fierté pour les Algériens, marqués par l’atroce violence politique des années 1990.

Cela explique peut-être pourquoi les autorités couvrent le Hirak de louanges tout en s’efforçant de l’entraver.

Après avoir remporté l’élection avec un taux d’abstention record, Tebboune a appelé à un « dialogue plus sérieux » avec le mouvement et fait libérer plus de 70 détenus du Hirak.

Mais au moment où la pandémie a éclaté, alors que le Hirak suspendait ses manifestations en plein air, les autorités ont resserré l’étau sur le mouvement, jetant en prison certaines de ses figures de proue. Puis, comme les activistes confinés se tournaient vers les médias sociaux, les autorités ont lancé des poursuites contre des dizaines d’entre eux en raison de leurs commentaires pacifiques sur Internet.

Cela ne les a pas empêchées de rendre hommage au Hirak dans le préambule de la nouvelle constitution adoptée en novembre 2020 – une constitution à laquelle beaucoup de membres du Hirak étaient opposés, jugeant qu’elle réformait trop peu un système répressif.

Un indicateur de réforme bien plus convaincant serait la mise en liberté les dizaines d’activistes du Hirak qui demeurent emprisonnés, tel Abdellah Benaoum de Relizane, détenu uniquement pour des actes d’expression et de protestation pacifiques, ainsi que  l’abrogation de toutes les lois criminalisant l’expression qui ont été employés pour les jeter en prison.

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